Dans leurs mots est la plateforme éditoriale de l'AGAVF qui lui permet de diffuser des textes critiques abordant des projets et des pratiques artistiques issues de la francophonie canadienne et acadienne. Elle contribue à l'écosystème des arts visuels des communautés francophones en situation minoritaire en encourageant une diversité de plumes et de perspectives.

Dans leurs mots

La plateforme Dans leurs mots naît d’une nécessité : offrir un espace oxygénant dédié au discours critique sur les arts visuels de la francophonie canadienne et acadienne, où l'écrit éclaire et prolonge l'expérience des œuvres. Face à l'absence de revues spécialisées en arts visuels au sein de ces communautés, cette plateforme éditoriale en ligne représente un ancrage important pour la production et la diffusion de textes qui témoignent de la production artistique et de la pensée critique issue de la francophonie canadienne.

À la lumière des constats soulevés dans l’Étude sur l’état des arts visuels dans les communautés francophones (2023), notamment celui d’un besoin structurel d’écrits pour contextualiser et faire rayonner le travail des artistes, l’AGAVF s’est donné l’objectif de contribuer au développement professionnel des auteur·rices avec des initiatives comme Alentour : accompagnement en écriture des arts visuels. Cette plateforme éditoriale s'inscrit ainsi dans la continuité de cet élan. En encourageant une diversité de plumes et de perspectives, Dans leurs mots enrichit l’écosystème des arts visuels. Ensemble, les textes qu’elle accueille témoignent du dynamisme de ces milieux tout en propulsant les artistes vers une visibilité nationale. Plus qu’une simple vitrine, cet espace devient un point de convergence et un lieu de dialogue essentiel entre artistes et auteur·rices.

Être artiste

Il y a autant de manières d’être artiste qu’il y a d’artistes, et plusieurs adoptent une posture auto-réflexive sur leur métier, que ce soit par intérêt ou par obligation. L’étendue des possibles tout comme les enjeux importants que rencontrent les artistes sont le terrain fertile de questionnements et les textes réunis dans cette section en témoignent.

Mael Houyau nous invite par le biais d’une biographie poétique à découvrir le rapport à la création de l’artiste Rotchild Choisy. Ce dernier se présente comme artiste-passager et s’interroge sur le fait d’être un jeune artiste et sur sa relation tant à son présent qu’à son héritage personnel.

En s’intéressant à la pratique artistique de Jo-Anne Balcaen, Camille-Zoé Valcourt-Synnott analyse également les liens entre l’artiste et son travail. Pourquoi faire de l’art ? Mais aussi, comment faire de l’art de manière durable ? Ces questionnements mènent l’artiste et l’autrice à réfléchir aux allers-retours entre le travail artistique et le travail culturel.

Zoé Fortier, pour sa part, pose un regard sur le travail administratif des artistes par le biais d’une étude sur les aspects systémiques qui maintiennent les artistes francoprairien·nes dans une précarité alarmante. Son texte est une adaptation en bande dessinée de ses recherches menées à la maîtrise en anthropologie.

Ces trois textes proposent des lentilles à la fois intimes et collectives qui éclairent la condition d’artiste aujourd’hui, ainsi que la complexité des enjeux liés à la création et à son inscription dans un écosystème artistique.

Textes copubliés par l'AGAVF et ESPACE art actuel

Cette rubrique s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement  entre l'AGAVF et la revue ESPACE art actuel. Cette collaboration vise à structurer et consolider un réseau pancanadien d’auteur·rices en arts visuels, en favorisant les échanges entre le Québec et les communautés francophones en situation minoritaire (CFSM). Celui-ci contribue à renforcer la production et la circulation du discours critique en français, à soutenir la relève en écriture et à favoriser une meilleure connaissance mutuelle entre les milieux artistiques du Québec et des CFSM.

Visiter la salle de lecture d'ESPACE art actuel

Le milieu artistique

Cette section rassemble des textes qui s’intéressent à certaines dimensions du milieu des arts visuels, et à la manière dont celles-ci s’articulent et se déploient dans les contextes précis de trois communautés francophones.

Candice Dan présente trois modèles de résidences d’artistes observés dans la communauté franco-torontoise. Elle identifie une forme de résistance francophone au sein de chacune de ces initiatives et nous invite à prendre connaissance de sa propre rencontre avec la communauté.

Après ce tour d’horizon métropolitain, Lalie Douglas nous amène à la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, une communauté où l’isolement résonne autrement. À travers trois portraits d’artistes, on découvre les interprétations du paysage des peintres Nadine Belliveau, Denise Comeau et Dianne Surette. On en apprend sur les défis importants auxquels font face les artistes en milieux ruraux, mais surtout sur leur engagement envers leur communauté artistique et le carrefour que sont devenus l’atelier d’estampe La Manivelle et la galerie Le Trécarré.

Toujours en Acadie, Éloïse LeBlanc nous propose aussi une réflexion sur le faire communauté par le biais d’une conversation tout en mouvement avec les artistes Jacinte Armstrong, Maryse Arseneault, Monelle Doiron et Linda Rae Dornan. Ensemble, elles s’interrogent sur l’interdisciplinarité et sur les frontières floues entre la performance et la danse contemporaine; elles se demandent comment celles-ci se rencontrent au sein d’événements artistiques.

Les écosystèmes tissés par les artistes et leurs pairs sont nécessaires, mais aussi multiformes ; ils résultent de configurations artistiques et d’un dynamisme propres aux couleurs de chacune des communautés.

Le processus

Cette section propose d’explorer les processus de création à travers les regards et les approches plurielles des auteur·rices qui nous amènent à la rencontre d’artistes fransaskois, acadien·nes et franco-manitobaine.

Anne Brochu Lambert nous invite à prendre une marche aux côtés de Jean-Sébastien Gauthier. On déambule à la fois dans la ville de Saskatoon, à la découverte d’une œuvre que l’artiste a réalisée en s’infiltrant dans la pratique de son aïeul, et dans le récit du développement de sa démarche artistique. On comprend que la destination, l’œuvre, n’est pas nécessairement plus importante que le chemin parcouru pour s’y rendre.

Mathieu Boucher Côté nous propose également une traversée temporelle en s’intéressant à deux artistes acadien·nes qui développent chacun·e un corpus en relation à leur héritage acadien personnel et collectif. Au rythme des percussions de l’un et de la vibration des cordes d’une guitare de l’autre, l’auteur nous convie à une réflexion sur la place de la performance au sein des processus artistiques des deux artistes.

Lou-Anne Bourdeau, quant à elle, se lance dans une collaboration avec son fils Paul-Auguste Noël afin de se frotter à la démarche de Dominique Rey. Pour témoigner de l’exposition MOTHERGROUND de l’artiste qui rassemble des corpus réalisés en collaboration avec ses deux enfants, et pour accompagner ses questionnements sur l’acte de créer en famille, l’autrice incarne le processus avec un texte à quatre mains. Celui-ci rend compte de leur visite de l’exposition, mais aussi de ce qu’implique une telle proposition conjointe.

Traversant plusieurs générations, époques et méthodologies, les artistes et les auteur·rices ici réuni·es montrent les rouages de la création et embrassent les relations d’interdépendances qui la façonnent.

𝗥𝗘𝗟𝗜𝗘𝗥 : 𝗿𝗲𝗻𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗲𝘀 𝗲́𝗰𝗿𝗶𝘁𝗲𝘀 𝗱𝘂 𝗿𝗲́𝘀𝗲𝗮𝘂 𝗱𝗲𝘀 𝗮𝗿𝘁𝘀 𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗳𝗿𝗮𝗻𝗰𝗼𝗽𝗵𝗼𝗻𝗶𝗲 𝗰𝗮𝗻𝗮𝗱𝗶𝗲𝗻𝗻𝗲

RELIER rassemble les voix d’auteur·rices dispersé·es dans plusieurs communautés francophones en situation minoritaire du Canada et leurs contributions mettent en lumière les œuvres d’artistes en arts visuels issu·es de ces mêmes communautés. Les textes ont pour la plupart été réalisés dans le cadre d’un projet de mentorat mené par l’Association des groupes en arts visuels francophones (AGAVF) intitulé Alentour : accompagnement en écriture des arts visuels. Après une première phase d’ateliers en groupe, une quinzaine de participant·es ont, dans un deuxième temps, été accompagné·es par l’une des trois mentores – eunice bélidor, Emmanuelle Choquette, Céline Huyghebaert – afin de mener à bien un texte portant sur un sujet de leur choix. Ce projet répond au constat que trop peu d’écrits sur les arts visuels sont produits dans les communautés artistiques francophones en situation minoritaire, notamment dû à un manque de formation et à un manque de plateformes pouvant accueillir ces textes, qu’on pense à des revues imprimées ou numériques, ou à d’autres supports de diffusion.

L’AGAVF, particulièrement dans le contexte de l’initiative Alentour, souhaite encourager une diversité des approches et des formes que peuvent prendre les textes réalisés non pas seulement sur, mais aussi en dialogue avec ou en réaction aux pratiques artistiques, aux expositions et aux événements portés par les communautés artistiques de la francophonie. Bien que les approches plus classiques, ancrées dans l’histoire de l’art ou dans la critique d’art soient importantes, il n’en demeure pas moins que d’autres postures sont tout aussi pertinentes et c’est ce que montrent les textes avec lesquels prend forme cette publication.

L’ensemble des écrits invite à une rencontre avec un·e ou des artistes, mais ceux-ci rendent également compte de la voix des auteur·rices qui, pour plusieurs d’entre elle·eux, sont aussi des artistes visuel·les. Leur subjectivité est assumée et représentative de la multiplicité des expériences artistiques possibles. Il y a en ce sens des propositions où un lien existe entre les pratiques des artistes abordées et celles des auteur·rices, comme dans les textes de Lou-Anne Bourdeau et de Zoé Fortier qui sont écrits à partir de leur propre expérience d’autrice, ou dans ceux de Camille-Zoé Valcourt-Synnott, Isa Michaud et Éloïse LeBlanc qui portent les traces des conversations et du temps passé avec les artistes. Il y a également les textes d’Anne Brochu Lambert, de Mathilde Rousseau et de Stéphanie Corbo qui nous entraînent à la rencontre d’artistes à travers le récit d’une visite d’atelier. On retrouve aussi des portraits d’artistes ou des croisements entre plusieurs pratiques artistiques selon les interprétations de Mathieu Boucher Côté, Sabine Lecorre-Moore, Monelle Doiron et Danielle Léonard. Les portraits esquissés par Candice Dan et Lalie Douglas témoignent quant à eux des contextes propres à certaines communautés. Emilie Grace Lavoie et Mael Houyau, à leur tour, proposent des textes où le descriptif et le poétique s’entrelacent.

Ces textes invitent à une traversée en cinq sections thématiques – Être artiste, Le milieu artistique, Le processus, Une voix en image et L’environnement –, mais il s’agit là d’un chemin de lecture parmi d’autres. Libre au lectorat de le suivre ou non. Les connexions perceptibles entre les textes forment, dans les faits, une constellation plus qu’un sentier. N’empêche, l’enchaînement proposé permet de naviguer d’une communauté à une autre, d’un lieu géographique à un autre, tout en révélant les échos rassembleurs entre les sujets abordés, ce qui représente bien le réseau national que l’AGAVF se donne le mandat d’appuyer.

En terminant, un projet de cette envergure ne serait pas possible sans l’implication de nombreuses personnes dévouées et convaincues de la portée de l’écriture en relation avec les arts visuels. L’AGAVF souhaite chaleureusement remercier l’engagement de chacun·e des auteurices et des mentores ; le soin des réviseures Céline Huyghebaert et Josianne Poirier et de la traductrice Danielle LeBlanc ; la mise en page attentionnée de la designer graphique Sophie Ouch et l’agilité du travail de coordination des formations d’Alentour d’Éloïse LeBlanc.

Bonne lecture !

Elise Anne LaPlante

Codirectrice générale de l’AGAVF

Une voix en image

À partir de perspectives diverses, cette section invite à une réflexion sur la prise de parole à travers celles d’artistes dont le travail est ancré dans l’image.

Stephanie Corbo nous propose une conversation intime avec Annie France Noël, dans laquelle l’artiste et photographe raconte avec sincérité son expérience de la matrescence, soit celle de devenir mère. À travers le symbolisme de la couleur bleue, l’artiste aborde l’expérience dans ses dimensions obstétricale et psycho-émotionnelle, et développe une réflexion féministe sur les tabous encore présents autour du sujet.

Danielle Léonard nous amène à la rencontre de l’artiste Shahla Bahrami dont les œuvres vidéos et les estampes numériques interrogent les notions de censure et d’autocensure en relation avec l’expérience des femmes iraniennes. L’artiste convie des objets et symboles traditionnels de sa culture persane pour articuler un questionnement plus large sur la liberté d’expression.

Le rôle de l’artiste, comme passeur·euse de savoir et comme porte-voix de sa communauté anishinaabe, est quant à lui médité dans le texte préparé par Isa Michaud qui nous présente les œuvres de Lucia Laford. On y trouve le témoignage de la relation de l’artiste avec son père qui était aussi artiste, tout comme ses revendications et son travail de médiation culturelle qui mène notamment à la création collaborative d’une murale.

Toujours dans une illustration des liens interdépendants entre le personnel et le collectif, le texte d’Emilie Grace Lavoie met en lumière trois pratiques d’artistes du Nouveau-Brunswick, celles de Vicky Lentz, de Marjolaine Bourgeois et de Noémie DesRoches, qui, à travers une recherche matérielle et un jeu de fragmentation des images, interrogent les notions de mémoire, d’oubli et d’anonymat dans la mise en récit.

Qu’elles captent l’intime ou qu’elles relatent l’histoire d’une communauté, qu’elles aient traversé des générations ou qu’elles soient déconstruites et reconstruites, les images au cœur des créations étudiées font preuve de l’acte de dire, de dévoiler, de raconter.

L'environnement

Les textes qui suivent ouvrent des pistes de réflexion sur l’environnement et la crise écologique, à travers la collaboration, que ce soit celle entre artistes, ou celle avec une communauté ou avec la nature.

Le travail artistique de Véronique Sunatori nous est présenté par le regard attentif et curieux de Mathilde Rousseau. L’artiste est à l’écoute de la matière et elle développe ses savoir-faire en dialogue avec son héritage japonais. Ces derniers se transposent également dans les systèmes ingénieux au cœur d’une œuvre créée en collaboration avec l’artiste Sara Kay Maston qui tisse un récit entre parodie et dystopie sur la crise environnementale.

Sabine Lecorre-Moore propose, pour sa part, un rapprochement entre les artistes franco-albertaines Patricia Lortie et Michèle Mackasey. Elle met en lumière quelques points de connexion entre celles-ci, comme l’élément de l’eau et la place que prend la collaboration dans leurs démarches artistiques. Chacune des artistes a un intérêt marqué pour les complexités des écosystèmes, qu’elles relèvent d’enjeux environnementaux ou sociaux.

Traitant de sujets tout aussi sérieux, c’est toutefois avec une attention à la notion de jeu dans les pratiques de deux duos d’artistes que Monelle Doiron nous invite à des réflexions en tension entre gravité et ludisme. Les artistes rencontré·es, Daniel H. Dugas et Valerie LeBlanc et le collectif JuJe, s’intéressent chacun·e à leur manière à l’exploitation des ressources et aux changements engendrés par la présence humaine sur le territoire.

Ces contributions montrent, certes, l’ampleur de la crise écologique et de ses impacts sur divers écosystèmes, mais aussi le potentiel de la collaboration et la force du collectif. Comme quoi, l’isolement et l’individualisme ne sauraient remédier aux maux systémiques.

Attendre à tout prix

Zoé Fortier

Tendresse!

Annie France Noël

Attendre à tout prix

Zoé Fortier

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