Comment continuer à faire de l’art ? Rencontre avec Jo-Anne Balcaen
Camille-Zoé Valcourt-Synnott
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- Comment continuer à faire de l’art ? Rencontre avec Jo-Anne Balcaen
- Attendre à tout prix
[Extrait du texte]
WINNIPEG
Samedi, 23 novembre 2024
J’ai rencontré Jo-Anne pour la première fois lors d’un passage à Winnipeg. Nous avons longuement parlé de nos expériences parallèles à Montréal et à Winnipeg, des centres d’artistes, du milieu culturel au rythme de production insoutenable et des défis que nous vivions en essayant de poursuivre une pratique artistique. C’était amusant d’identifier certains recoupements dans nos parcours, dans les personnes que nous connaissons, dans nos influences parfois similaires ou, encore, dans la direction prise après notre formation scolaire. Je trouvais inspirant de la sentir à une autre place dans sa vie, une place plus avancée que la mienne, mais pas inaccessible. Son expérience lui permettait de partager certaines réflexions sur le chemin parcouru et sur la position qu’elle occupait maintenant, plus en retrait du milieu des centres d’artistes.

sur polypropylène, 101,6 x 152,4 cm.
SAINT-JEAN-BAPTISTE
Dimanche, 23 février 2025
J’ai de nouveau rencontré Jo-Anne, cette fois sur Zoom, pour lui poser la série de questions que j’ai utilisée dans le cadre de mon projet d’entrevues chez Céline Bureau. Ça a été un bon point de départ pour diriger notre conversation. Dans les semaines suivant notre entretien en ligne, une question a continué de m’habiter : comment soutenir sa pratique artistique, comment ne pas l’abandonner ? L’œuvre State of Mind (Grumpy Thoughts About Art) (2012) est le parfait exemple de ce monologue intérieur, de cette ambivalence et ce doute qui, je crois, frappent tous·tes les artistes à un moment ou à un autre de leur carrière. Une des œuvres de la série est une phrase imprimée en lettres majuscules : « Yeah, but then I’ll read something interesting or see something strange, and my mind is off again and I’ve made another piece in my head. I can’t help it*. » L’œuvre de Jo-Anne exemplifie ce sentiment, mais aussi cette dualité propre à la création : parfois, ce serait plus simple d’arrêter de s’acharner à faire de l’art, mais il y a quelque chose de plus fort que nous qui fait qu’on continue de créer malgré tout.
* [Traduction libre] « Oui, mais ensuite je lis quelque chose d’intéressant ou je vois quelque chose d’étrange et mon esprit est ailleurs et j’ai fait une nouvelle œuvre dans ma tête. Je ne peux pas m’en empêcher. »
POUR LIRE LA SUITE :
Camille-Zoé Valcourt-Synnott (elle) est une artiste multidisciplinaire et travailleuse culturelle originaire de Québec (QC). Elle s’intéresse au travail invisible et non rémunéré qui existe en périphérie de toute pratique artistique et aborde ces tâches bureaucratiques avec humour comme façon de légitimer l’art. Elle a participé à des résidences de recherche-création en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et au Québec. Ses projets individuels et collaboratifs ont été présentés dans des centres d’artistes autogérés à travers le Canada.
