Rotchild, comment ça va quand tout ne brûle pas ? Réflexions autour de l’œuvre de Rotchild Choisy, Passager, sak pase ? – N’ap boule
Mael Houyau
- Rotchild, comment ça va quand tout ne brûle pas ? Réflexions autour de l’œuvre de Rotchild Choisy, Passager, sak pase ? – N’ap boule
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[Extrait du texte]
Rotchild est passé par l’enfance en Haïti. Pays brûlant adouci par les regards de sa grand-mère. Pays brûlant, celui de son père qui fait des dessins très précis et qu’il veut reproduire. Le passage suivant, c’était l’adolescence en Haïti. Pays brûlant où ses dreads sont mal vues. Où l’on observe avec curiosité ses dessins sur t-shirts.
Puis, Rotchild est passé par l’université, au Canada. Pays glacial qui lui fournit un atelier et un climat rude qui l’incite à s’enfermer et à créer des heures durant. Pays glacial qui fixe pour de bon un masque d’artiste sur son visage figé par les compromis. Maintenant, Rotchild passe par des résidences d’artistes. Résidences voyages sur des vagues de création. Résidences plongeons profonds dans son histoire, ses envies, dans le hasard. Il passe par des vernissages.
Vernissages occasions de toute-puissance et d’extrême vulnérabilité. Il passe par les identités multiples du Rotchild en résidence, en vernissage, en performance. Les identités du Rotchild à l’huile, au crayon, par ordinateur.

Il passe au travers des souvenirs. Souvenirs des images, des mots, des sensations. Un esprit qui essaie de ralentir parfois, malgré le mouvement incessant de la spirale. Spirale de la vie et tentative d’identification de l’harmonie dans le chaos, les principes nourris par l’inspiration ultime qui lie tous les Rotchild. Cette inspiration : un autre Haïtien passager, le poète, romancier et peintre Frankétienne.
Il passe, mais s’arrête à quelques occasions. Il met son masque et s’installe dans ses œuvres. C’est toujours lui, Rotchild, derrière les masques qui montrent ses états passagers.
— Rotchild, comment ça va ?
— N’ap boule
N’ap boule. Littéralement, l’expression se traduit par « On brûle. » On demande au « tu », c’est à « on » qui répond. Je m’efface et te donne l’état de mon groupe, de ma communauté, de mon pays.
Plus couramment, N’ap boule, ça veut dire « ça va tranquille », « ça va pas si mal. » Grande différence.
Donc ça va. Mais alors, pourquoi dit-on qu’on brûle ? On brûle parce qu’on est consumé·es, on fond sous le soleil de plomb. Mais en même temps, on brûle parce qu’on a une grande flamme en nous, une force intérieure immense.
— On dit N’ap boule pour dire quoi Rotchild ?
— Pour dire qu’on est là, qu’on avance avec le temps. Pour dire qu’on reste déterminé·es, même si c’est compliqué. Pour dire qu’on se résigne à la situation puis qu’on résiste, qu’on cherche à détruire les obstacles et à continuer la vie.
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Mael Houyau est auteur, conseiller en développement durable, et parfois photographe. Formé en administration et en arts visuels, le thème de la ville et de l’urbanité revient régulièrement dans ses idées et dans ses créations. Il vit à Moncton (Nouveau-Brunswick).
