Le 26 octobre dernier, dans le cadre de son forum virtuel, la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) a réuni René Cormier, sénateur indépendant, Martin Faucher, directeur artistique et codirecteur général du Festival TransAmériques, et Véronique Guèvremont, titulaire de la Chaire UNESCO sur la diversité des expressions culturelles. Présentée dans le cadre d’une édition virtuelle du Forum annuel « Ce que l’on sème », la Table des penseurs était animée par Catherine Perrin. Pour ceux et celles qui se souviennent de la proposition d’une politique culturelle nationale lancée par la FCCF en amont des dernières élections, les arguments et perspectives des penseurs permettent de mieux saisir d’où émerge ce chantier qui vise une intégration complète et durable de la culture dans l’ensemble des politiques des gouvernements, tant au fédéral que dans les provinces. On peut visionner l’enregistrement de la rencontre en ligne. https://www.fccf.ca/voix-politique/forum-virtuel/

La Convention sur la diversité des expressions culturelles

À l’instar de l’Agenda 21 adopté dans les années 90 et qui prône une intégration des enjeux de l’environnement dans les décisions politiques pour un développement durable, la Convention sur la diversité des expressions culturelles signée par le Canada en 2005 prône un examen transversal des politiques pour évaluer leur impact sur la culture et sur le soutien aux professionnel.les des arts et de la culture. La Convention reconnaît aussi le droit des citoyens de participer à la vie culturelle, en offrant un cadre qui puisse s’adapter aux besoins particuliers de l’ensemble des communautés. Concrètement, il faut mobiliser la société civile.

Le numérique 

Aujourd’hui, les enjeux de la diversité culturelle s’expriment sur les plateformes des géants du Web. Le Canada accuse un retard quant à l’adaptation de ses politiques au numérique. Les publics prennent des habitudes au détriment des contenus qui mettent en valeur la diversité culturelle au Canada. Quels sont les besoins des communautés pour la création, la production et la diffusion des contenus, essentiels au rayonnement de notre diversité ?

La diversité des expressions culturelles

Le Canada, bien que complexe, aurait les moyens d’un cadre culturel cohérent qui ferait se recouper la Loi sur la radiodiffusion et les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), la révision de la Loi sur le droit d’auteur, la modernisation de la Loi sur les langues officielles et la place unique qu’occupe le français au Canada et au Québec. Le Conseil des arts du Canada (CAC) et Patrimoine canadien sont des véhicules pour la mise en œuvre des politiques, mais leurs budgets sont soit en mode de rattrapage, soit stagnants. Il faut favoriser la circulation sur le territoire avec de meilleures rencontres entre le Québec et le Canada, en plus de la circulation à l’internationale. Les populations aussi doivent s’investir dans cette diversité et dans la connaissance de celle-ci en s’élevant au-dessus des peurs, des chicanes et des crispations.

Les langues officielles peuvent être perçues comme un frein à l’épanouissement des autres cultures. Il faut miser sur une meilleure compréhension des cultures par la rencontre. La fierté de la langue n’est pas comprise et peut paraître menaçante.

Modèle dans le monde ? 

La France fait preuve de leadership avec sa politique d’accès à la culture ; l’Europe est à l’avant-garde de la diplomatie culturelle ; la Nouvelle-Zélande fait beaucoup pour valoriser la culture autochtone maorie. Le Mexique a déjà adopté une charte culturelle numérique. Les ambassades canadiennes peuvent aider les artistes, mais il faut aussi soutenir les réseaux alternatifs qui existent au-delà des grands réseaux.

Quelques obstacles

Les Canadiens et les Canadiennes doivent reconnaître la diversité culturelle, et surmonter les obstacles et les tabous, notamment l’indifférence à l’égard des deux langues officielles, l’effondrement de peuples fondateurs, le français réparti sur l’ensemble du territoire, la multitude autochtone et l’invisibilité de la francophonie canadienne à la SRC, et pallier les défis de la francophonie qui peine à s’ouvrir aux autres communautés, parce que trop occupée à défendre sa propre culture.

Les artistes et leurs structures doivent s’adapter aux aléas politiques et économiques. Est-ce que la culture peut être normalisée comme l’éducation et la santé ? Les artistes sont sous-employés. Une culture forte dépend de la capacité des artistes à faire carrière sur le long terme et de la valorisation tant des artistes expérimentés que des artistes de la relève. Il faut pouvoir donner aux artistes les mêmes moyens qu’aux entreprises.

Une politique culturelle nationale pourra définir de grands principes, tout en reconnaissant que la culture relève des provinces, et s’inscrire aussi dans les ententes entre provinces.